Elle devait avoir huit ans.
Un vieux manteau trop grand couvrait ses épaules, et dans ses petites mains tremblantes, elle tenait trois roses presque fanées.
“Une rose, monsieur… s’il vous plaît…”
La plupart des passants détournaient le regard.

Puis une voiture noire s’arrêta au feu rouge.
Une Rolls-Royce Phantom brillante.
Quand la vitre descendit, tout le monde reconnut immédiatement l’homme à l’intérieur.
Adrien Morel.
Le milliardaire français dont le visage apparaissait chaque semaine à la télévision.
La petite fille s’approcha timidement de la voiture et leva une rose.
“Monsieur… une seule rose…”
Adrien sortit calmement son portefeuille.
“Je vais toutes les prendre.”
La petite fille resta figée.
Personne n’achetait jamais toutes ses roses.
Mais au moment où elle leva enfin les yeux vers lui…
Le visage d’Adrien changea complètement.
Son sourire disparut.
Son corps devint immobile.
Parce qu’il connaissait ce visage.
Les mêmes yeux gris.
La même petite fossette sur la joue gauche.
Exactement comme quelqu’un qu’il avait perdu dix ans plus tôt.
Sa fille.
Morte dans un incendie avec sa mère.
Le milliardaire pâlit brutalement.
“Comment… comment tu t’appelles ?” demanda-t-il d’une voix cassée.
La petite fille baissa les yeux.
“Claire.”
Le souffle d’Adrien se coupa.
C’était le prénom que sa femme voulait donner à leur deuxième enfant avant sa mort.
Autour d’eux, la rue semblait devenir silencieuse.
Puis Adrien remarqua quelque chose autour du cou de la petite fille.
Un petit pendentif argenté.
Brûlé sur un côté.
Son cœur s’arrêta presque.
Parce que ce pendentif…
C’était lui qui l’avait offert à sa femme la veille de l’incendie.
Ses mains commencèrent à trembler.
“Qui t’a donné ce collier ?!”
La petite fille recula, effrayée.
“Ma maman…”
Adrien sortit immédiatement de la voiture sous la pluie.
Les passants observaient la scène en silence.
“Ta mère… où est-elle ?”
La petite fille pointa lentement le doigt vers l’autre côté de la rue.
Sous l’auvent sombre d’un vieux café…
Une femme se tenait immobile.
Pâle.
Les yeux remplis de larmes.
Et quand Adrien vit enfin son visage…
Le milliardaire murmura, incapable de respirer :
“Élise…?”
